Évoquer la Thaïlande, c’est souvent penser plages et temples. Pourtant, ce pays est aussi le terrain de jeu d’une économie puissante, la deuxième en Asie du Sud-Est. Derrière les images de cartes postales, la réalité du marché du travail thaïlandais intrigue bien des décideurs, attirés par des coûts salariaux qui défient toute concurrence. Les entreprises du monde entier lorgnent sur la Thaïlande pour externaliser, séduites par ses écarts de rémunération avec Singapour ou les États-Unis.
Quel est le salaire moyen en Thaïlande ?
En Thaïlande, la rémunération varie fortement selon les profils et les postes. Le salaire mensuel s’étire de 24 500 THB (environ 734 USD) jusqu’à 433 000 THB (près de 12 984 USD). Un employé touche en moyenne 96 900 THB (2 904 USD) par mois, mais la médiane s’élève à 103 000 THB, autrement dit, la moitié des travailleurs gagnent plus que ce montant, l’autre moitié moins.
Pour les emplois les plus modestes, le plancher légal fixe le salaire journalier entre 313 baht (9,4 USD) et 336 baht (10 USD). Ce qui, ramené au mois, donne un revenu moyen de 20 854 baht (625 USD).
Quelle différence entre salaire et rémunération ?
Le salaire mensuel moyen, en Thaïlande, englobe plus que la simple paie : il intègre aussi logement, transport, congés payés, assurances et autres avantages. À l’inverse, le salaire pur ne concerne que la part monétaire. Subtilité supplémentaire, la rémunération horaire dépend du temps réellement travaillé, alors que le salaire fixe reste stable, peu importe le nombre d’heures effectuées. Enfin, la moyenne varie beaucoup selon la qualification et la région.
Comment évolue le salaire moyen en Thaïlande ?
Plusieurs critères font bouger la grille salariale. Regardons-les de plus près.
1. Expérience
En Thaïlande comme ailleurs, l’expérience paie. Deux à cinq ans dans un poste, et le salaire grimpe en moyenne de 32 % par rapport à un débutant. Les salariés avec plus de cinq ans prennent 36 % de plus que ceux en début de carrière. Après dix ans de métier, la hausse atteint 21 % supplémentaires, puis 14 % encore au-delà de quinze ans d’ancienneté.
2. Profession
Tous les métiers ne se valent pas sur la fiche de paie. Les professionnels de santé dominent le classement : un médecin perçoit en moyenne 228 000 THB par mois (6 836 USD). Les cadres dirigeants suivent avec 131 000 THB mensuels, tandis que les juristes pointent à 117 000 THB. Voici quelques exemples parlants de salaires par profession :
| Profession | Salaire moyen/Mois |
| Directeur du développement commercial | 155 000 THB |
| Responsable des ressources humaines | 152 000 THB |
| Développeur / Programmeur | 96 600 THB |
| Professeur | 85 100 THB |
| Immobilier | 70 512 THB |
Source : salaryexplorer.com, averagesalarysurvey.com
À poste égal, un expatrié peut parfois prétendre à une rémunération supérieure à celle d’un local. Par exemple, un enseignant non natif d’anglais gagne souvent davantage qu’un professeur natif. Un diplôme TEFL fait aussi grimper l’enveloppe, tout comme un poste dans le public ou dans une école internationale. À noter : travailler pour l’État thaïlandais rapporte en moyenne 7 % de plus qu’un poste équivalent dans le privé.
3. Niveau d’études
La qualification fait la différence, et la hiérarchie des diplômes se répercute directement sur la fiche de paie. Voici à quoi s’attendre selon le niveau :
- Un salarié titulaire d’un certificat ou d’un diplôme supérieur au secondaire perçoit 17 % de plus que ceux qui n’ont que le bac.
- Un bachelier gagne 24 % de plus qu’un titulaire de simple diplôme.
- Le salaire d’un titulaire de master s’établit 29 % au-dessus de celui d’un bachelier.
- Un doctorant touche 23 % de plus qu’un titulaire de master.
4. Ville
La géographie influe aussi sur la rémunération. Les grandes agglomérations, plus industrialisées, versent des salaires plus élevés que les campagnes. Aperçu des moyennes mensuelles dans quelques villes clés :
| Ville | Moyenne mensuelle |
| Bangkok | 112 000 THB |
| Chiang Mai | 107 000 THB |
| Phuket | 65 000 THB |
5. Augmentations, bonus et primes
Dans l’ensemble, les salariés thaïlandais bénéficient en moyenne d’une augmentation de 8 % tous les 17 mois. C’est nettement supérieur à la moyenne mondiale, qui s’établit à 3 % tous les 16 mois. Par secteur, les progressions varient :
| Secteur | Augmentation |
| Banque | 8 % |
| Énergie | 7 % |
| Technologie de l’information | 6 % |
| Santé | 5 % |
| Voyages | 4 % |
Le niveau de responsabilité pèse aussi dans la balance :
| Niveau d’expérience | Augmentation annuelle moyenne |
| Niveau junior | 3 %, 5 % |
| Cadres supérieurs | 10 %, 15 % |
| Haute direction | 15 %, 20 % |
Selon Salary Explorer, 56 % des salariés interrogés déclarent avoir touché une prime allant de 2 % à 7 % de leur salaire annuel. Il faut garder à l’esprit que ces chiffres ne sont que des moyennes, les écarts restant notables selon le secteur, la région ou la fonction.
La Thaïlande, eldorado de l’externalisation ?
Le pays n’a pas volé sa réputation de hub pour les entreprises étrangères. Entre 1960 et 1965, la croissance a bondi de 7,5 % par an, puis de 5 % entre 1999 et 2005. Moins de chômage, moins de pauvreté, jusqu’à la crise liée à la pandémie. Récemment, la dynamique a ralenti : la croissance est passée de 4,2 % en 2018 à 2,4 % en 2019, puis un repli de 6,1 % en 2020. Malgré tout, le PIB a atteint 501,8 milliards de dollars en 2020. La Banque mondiale anticipe un rebond, avec 5,1 % de croissance prévue pour 2022. Pour les entreprises, la Thaïlande reste donc une option solide pour sous-traiter, portée par une stabilité économique remarquable.
3 atouts de l’externalisation en Thaïlande
Les raisons d’opter pour la Thaïlande ne manquent pas. Voici les principaux avantages pour les sociétés qui tentent l’aventure :
1. Coûts d’exploitation très compétitifs
Avec un salaire minimum horaire fixé à 1,26 USD, la Thaïlande fait figure d’exception : c’est bien en dessous des États-Unis (7,25 USD), de Hong Kong (4,82 USD) ou encore de la Chine (3,71 USD à Pékin). Les frais d’infrastructure et d’équipement suivent la même tendance, permettant aux entreprises de s’installer à moindre coût.
Les incitations fiscales ne sont pas en reste :
- Exonération ou réduction des droits à l’importation pour les machines.
- Subventions pouvant atteindre 10 milliards de THB pour les entreprises répondant aux critères du Fonds d’amélioration de la compétitivité.
Dans le corridor économique de l’Est (ECC), expatriés qualifiés et salariés locaux peuvent bénéficier d’un taux d’impôt sur le revenu plafonné à 17 %. Ces avantages donnent un sérieux coup de pouce aux sociétés étrangères.
2. Une main-d’œuvre qualifiée
La réputation des travailleurs thaïlandais n’est plus à faire, notamment dans l’artisanat : textile, bijouterie, céramique, poterie… Le taux d’alphabétisation du pays atteint 93,8 %, bien au-dessus de la moyenne mondiale (87 %).
Les classements internationaux confirment cette tendance : selon le Global Skill Index de Coursera, la Thaïlande surpasse la Malaisie et l’Indonésie. Le Global Talent Competitive Index 2020 la place loin devant le Cambodge. Pour une entreprise étrangère, cela garantit un vivier de candidats fiables et compétents.
3. Capacité d’adaptation
Tourisme, expatriation, ouverture culturelle : la Thaïlande accueille chaque année des millions de visiteurs et des milliers de professeurs étrangers. Les Thaïlandais affichent une réelle curiosité pour les cultures extérieures et une capacité d’accueil qui fluidifie les démarches d’implantation. Un exemple : la restauration occidentale y est parfois plus fidèle à l’originale qu’ailleurs en Asie du Sud-Est, de quoi séduire les équipes internationales.
Les agents du service client, formés à la culture occidentale, savent répondre aux attentes des clients étrangers, avantage non négligeable pour les entreprises en quête de qualité de service.
Ce que dit la loi sur l’externalisation en Thaïlande
Le cadre juridique thaïlandais est conçu pour faciliter l’implantation des entreprises étrangères. Voici les grands principes à connaître :
1. Contrat de travail
En Thaïlande, le contrat de travail peut être écrit ou verbal. Certaines branches, comme le secteur maritime, imposent néanmoins un écrit pour consigner les détails de la relation de travail. La plupart des entreprises préfèrent formaliser les conditions par écrit pour éviter toute ambiguïté.
Deux formes de contrats existent :
- Contrat à durée déterminée : la période d’emploi est fixée à l’avance, souvent pour un projet spécifique.
- Contrat à durée indéterminée : tout emploi qui ne relève pas d’un contrat temporaire.
2. Rémunération
Les primes ne sont pas obligatoires, mais de nombreux employeurs versent un treizième mois selon la performance individuelle.
3. Fin de contrat
Pour un contrat à durée déterminée, la relation de travail prend fin à la date prévue, sans indemnité de départ. À l’inverse, un salarié en CDI doit être prévenu au moins à la date de paie et bénéficie d’un mois de préavis et d’une indemnité de licenciement. En cas de faute grave, l’indemnité ou le préavis peuvent être supprimés.
4. Durée du travail
La loi fixe le temps de travail à 8 heures par jour et 48 heures par semaine. Certains métiers à risques bénéficient de limites réduites : 7 heures par jour, 42 heures par semaine. Les heures supplémentaires sont plafonnées à 36 heures par semaine.
5. Congés maladie
Chaque salarié a droit à 30 jours de congé maladie payés par an. Au-delà de trois jours consécutifs, un certificat médical est exigé. Les congés maternité varient de 90 à 98 jours, rémunérés à parts égales par l’employeur et la sécurité sociale.
Quelques restrictions s’imposent aux entreprises étrangères. Il leur est interdit de :
- Transformer du bois issu des forêts naturelles.
- Exploiter des plantes médicinales thaïlandaises.
- Pratiquer l’agriculture ou l’élevage.
Dernières pensées
La Thaïlande s’impose comme un terrain propice à l’expansion, qu’on dirige une startup ou une multinationale. Les coûts maîtrisés, la richesse du vivier de talents et l’ouverture culturelle font la différence sur un marché international de plus en plus exigeant. Avant de franchir le pas, mieux vaut maîtriser tous les aspects de la gestion et de la rémunération en Thaïlande. Les données sur les salaires sont plus que de simples chiffres : elles dessinent le vrai visage d’un pays où la croissance ne se mesure pas qu’en pourcentages, mais aussi en opportunités réelles pour ceux qui savent les saisir.

